Baptiste Tosi

2017 — 09
Molenbeek, Belgique
Association Constant
Constant ASBL
Carton de présentation pour l'ass
Flyer
2016 — 06
Molenbeek, Belgique
Association Constant
I don’t know where this is going
Signalétique réalisée avec Anto
signalétique
2015 — 02
Valence, France
Visualisation médicale:
pour une appropriation
du corps
Ce travail de recherche proposait
mémoire
2015 — 02
Valence, France
Un hiver
sur les glaces
Un hiver sur les glaces est
édition, affiche
2015 — 02
Valence, France
Left hand
from
M. Jerningan
Le 5 Août 1993, à midi 31, Joseph
édition
2013 — 06
Genève, Suisse
Souvenirs
de Paris
Dans mon salon il y a cette commod
édition
2015 — 06
Valence, France
Visible
Human
Project
Mon travail de production de DNSEP
édition
2012 — 04
Genève, Suisse
Théâtre Saint-Gervais
Matériau
Pathos
« Matériau Pathos est un proje
éditon
2015 — 12
Molenbeek, Belgique
Loop-s
Approche
Initié par le collectif Loop-s, <
web, affiches, cartes
2012 — 04
Genève, Suisse
Burial
Ce travail est une recherche plast
affiches
2015 — 04
Valence, France
Vidéo
multiplanaire
Après avoir expliqué le principe
vidéo
2015 — 05
Crest, France
Du film
à l’impression 3D
À partir de mes expériences de <
impression 3D
2013 — 11
Genève, Suisse
FEGEMS
Valse
à cent ans
La FEGEMS est un organisme rassemb
scénographie, édition
2014 — 12
Comignago, Italie
La misère
Typographie d'inspiration néo-got
typographie
2016 — 11
Molenbeek, Belgique
Loop-s ASBL
www.loop-s.eu
Conception du design et développe
web
2012 — 04
Genève, Suisse
Théâtre Saint-Gervais
Pathos
Issus d'une collaboration entre la
jeux de cartes
2014 — 01
Valence, France
Death metal
\m/
Cette édition est issue d'un trav
édition
2013 — 02
Genève, Suisse
L’objet-mémoire
— mécaniques
du souvenir
Travail de thesis de bachelor sur
Thesis
2015 — 06
Valence, France
De la 2D à la 3D:
la reconstruction
multiplanaire
Ce travail de recherche produit dans
3D, web
2012 — 01
Genève, Suisse
FGC
Fédération
Genevoise
de Coopération
Ce projet, non retenu, à été co
Identité
2013 — 08
Paris, France
APPEA
Dossier
de Presse
En 2013, l'Association des Classes
édition
2012 — 09
Lyon, France
Biennale de Lyon
Terrible
beauté
Cette affiche a été réalisée d
affiche
2012 — 10
Genève, Suisse
Stratégie
de la déception
Cette édition met en regard un ex
édition
2011 — 02
Genève, Suisse
Woodcut
posters
Monologues d'une mouche ( a
gravure sur bois
2015 — 12
Molenbeek, Belgique
Le vertige
typographie stencil aperçu
typographie
2013 — 06
Genève, Suisse

Souvenirs de Paris

Dans mon salon il y a cette commode et ce tiroir remplis d’images. Des centaines, voire des milliers de photographies argentiques, de diapositives et de négatifs. Chaque image y est rangée selon un classement propre correspondant à sa « famille ». Les diapositives sont le plus souvent mises à la verticale dans des boîtes de plastique proposées lors de leur achat. Souvent est apposé sur ces boîtes un chiffre (« 99 », « 92 »), un mot (« Genève », « maison ») ou encore des hybrides, combinaisons des deux précédents classements (« Italie 96 », « été 93 »).

Ce tiroir, si plein qu’il ne se ferme que difficilement, presque personne ne le consulte. Il est un peu comme un coffre dans lequel nous entreposons et gardons jalousement notre patrimoine photographique.

Un jour, me plongeant dans ces archives, je réalisais que je n’avais jamais visionné la plupart des diapositives. Je retrouvais l’appartement de mon enfance, se redessinant sous mes yeux dans une vérité qu’il m’était difficile de nier. Oui, cette table était bien là. Non, le motif du canapé n’était pas comme je l’imaginais.

Les images mémorielles qui habitaient mon esprit étaient alors bousculées. Ne fallait-il plus croire ce souvenir dont la certitude construisait jusqu’alors ma mémoire du lieu ? Fallait-il s’incliner face à cette photographie, s’imposant crânement comme une preuve irréfutable des failles de mon esprit ?

Et puis non ça aurait été trop simple. J’en suis convaincu ma chambre n’était pas si étroite. L’ouverture d’angle de l’appareil photo est trompeuse, c’est certain. D’ailleurs je me revois très bien face à cette grande fenêtre regardant les toits, une peluche à la main. Diable, mais ça non plus ce n’est pas possible, je ne peux pas me voir dans mon souvenir, c’est insensé. Et pourtant… l’image de mon souvenir est prise depuis le mur opposé à la fenêtre, sur le coffre à jouet et je suis au centre, dans l’encadrement de la lumière. Mais quel statut donner à ce… souvenir ?

Comment se fait-il que des années durant j’ai pu faire confiance à de telles images sans en soupçonner l’ambiguïté et qu’aujourd’hui j’en vienne à douter face à des archives photographiques ? Alors, j’ai préféré la confiance au doute. Ces scénarios de l’esprit, ces assemblages d’images et ces failles de la psyché ne racontent finalement que notre propre vérité et sont l’unique trame constitutive de notre mémoire. L’intransigeance de mes archives ne faisait que révéler ces souvenirs, mais n’en étaient pas en tant que tel.

Mais subsiste une interrogation. Arriverais-je si ce n’est à reproduire, au moins saisir ce punctum Barthien, ce détail qui fait sens et qui nous saisi d’émotion ? Comment dès lors rendre tangible des images qui n’existent pas ? L’archive semblait une base puissante pour développer un tel travail sur la mémoire. Il y avait certes d’une part mes diapositives, mais dans un monde où les autoroutes de l’information inondent la toile d’images, ma base de données devenait dès lors quasi-infinie. Restait à savoir si j’y trouverai mes souvenirs. Pour questionner les territoires gigantesques de la mémoire, il fallait définir un cadre à mes recherches. Mes archives personnelles m’aidèrent à le préciser : il serait en lien avec mon enfance, car ces souvenirs sont ceux sur lesquels le temps a eu le plus d’emprise et où les images troubles se sont les plus accumulées.

J’ai donc choisi un lieu : Paris, la ville qui m’a vu grandir, ainsi qu’une période : la première moitié des années 1990. Partant de ces données, j’ai commencé à dresser une liste, forcément non exhaustive, de souvenirs précis dont les images me revenaient en mémoire.

Qu’il fut difficile d’arrêter des choix, car sélectionner revient à classer et donc à hiérarchiser ses souvenirs. Cependant, c’est uniquement après avoir dressé cet inventaire que je me suis saisi des outils d’archivages que représente la plate-forme de l’INA, les divers sites de vidéos en ligne, Google image, les sites de collectionneurs amateurs, mais aussi les photographies oubliées de ma commode. Grâce à cette base de données multi-médias, je partais à la conquête de mes souvenirs.

Il fallait que je réussisse à retrouver ces images mentales que je n’avais pour le moment énumérées que par l’écrit. Agissant un peu à la manière d’un archéologue grattant le sol, je visionnais des dizaines d’heures de vidéos afin de retrouver le modèle exact de la clef qui ouvrait mon appartement.

Il fallut également observer attentivement les listes interminables d’images crachées par Google au moindre mot-clef. Ailleurs encore, je m’inscrivais sur un forum de spécialistes des transports afin de retrouver l’image précise du bus qui me transportait alors dans Paris. Regrouper puis replacer ces documents dans un contexte éditorial, me permit de mettre en mouvement l’archive en constituant un travail d’iconologie sensible. La confrontation de certains visuels anachroniques ou digressifs me permit d’approcher l’instabilité qui caractérise les souvenirs.

L’archive est-elle mémoire ? Au bout du compte, il m’est difficile d’affirmer que j’ai réussi à reconstituer l’essence de ces images de l’esprit. Je préfère laisser ouverte la tentative de ce livre comme étant la matérialisation possible d’un pan de ma mémoire.

Ces images mises bout à bout sont, par-delà mon intimité, un moyen de raconter ma ville et plus humblement, une enfance dans cette capitale cosmopolite dans les années 1990, mes souvenirs de Paris. sdp_14sdp_13sdp_11sdp_10sdp_9sdp_15sdp_8sdp_7sdp_5sdp_6sdp_4sdp_3sdp_2sdp_1
Souvenirs de Paris
(édition 15,8x21cm — 90 pages — impression sur offset numérique)